Mondialisation points de repère

1999.01.10-11

L’économie asiatique se redresse, mais à pas de menuet. C’est l’orchestre qu’il faudrait transformer.

À Hongkong des démocrates ont gagné de récentes élections partielles au parlement, mais le chef d’état consulte rarement les législateurs et de nouvelles règles de procédure réduisent considérablement leurs moyens d’influencer les débats en chambre. Toutefois, en 2007 tous les sièges législatifs doivent être mis au vote populaire, y compris celui du chef d’état. ~ Conséquence : déception actuelle des réformistes locaux et des régimes occidentaux mais espoir mitigé à long terme.

En Indonésie, après la démission (forcée par les émeutes de rue) du président Suharto : interdiction levée de plusieurs publications, formation d’un bon nombre de partis politiques, élections générales prévues pour le 7 juin 1999. Mais des troubles raciaux et une croissance de la criminalité présagent une annulation possibles de ces élections. ~ Conséquence : instabilité politique à court terme, retour probable à un régime politique de fer soutenu par les militaires.

Corée du sud, un réformiste, Kim Dae Jung, a été élu président, le premier président en 50 ans venant du dehors de l’establishment. Mais les tenants du statu quo, majoritaires à l’assemblée nationale, retardent les réformes proposées par le nouveau président. ~ Conséquence : réforme tiède, remuée de temps en temps par des défections probables ici et là parmi les rangs du statu quo.

Au japon les élections à la Chambre haute ont privé le parti gouvernemental d’une majorité absolue. Mais le parti continue de vouloir permettre à plusieurs banques de se renflouer à même les fonds publics sans dévoiler au complet l’étendue de leurs dettes. ~ Conséquence : de la méfiance quant aux mesures de redressement économique en général, réforme à pas de tortue.

En Thaïlande une nouvelle constitution renforce les libertés civiles, élargit le rôle des conseils locaux et exige des hommes politiques le dévoilement de leurs avoirs financiers. Mais le gouvernement du nouveau président Chuan Leekpai, réformiste, tarde à mettre en pratique la nouvelle constitution. ~ Conséquence : éveil retardé.

En Malaisie, la crise économique a augmenté la visibilité de Anwar Ibrahim, vice-premier ministre, ministre des finances et ardent réformiste, emprisonné par le premier ministre Mahathir Mohamad qui s’est nommé lui-même vice-premier ministre et ministre des finances, provoquant des manifestations de la rue (qui continuent), violemment réprimées par les forces de l’ordre. Toutefois, vendredi dernier, Mahathir, âgé de 73 ans, a nommé à la Finance un ancien titulaire de ce ministère, Daim Zainuddin, et au poste de vice-premier ministre le ministre des Affaires étrangères, Abdullah Ahmad Badawi, 59 ans, vu par certains comme dauphin possible. ~ Conséquence : à court terme, risque d’autoritarisme croissant à cause des troubles de la rue, risque d’instabilité due à l’absence de successur clairement désigné pour remplacer Mahathir en vue des élections générales prévues pour avril 2000; à moyen terme, espoir d’accalmie à cause de la nomination de Abdullah, homme politique respecté.

La Chine a résisté à l’épidémie économique asiatique en continuant de coter sa monnaie sur elle-même à l’intérieur d’un mur de chine financier et en investissant massivement dans des projets d’infrastructures. Mais mercredi elle a averti ses citoyens de se préparer à serrer davantage la ceinture. ~ Conséquence : reflèxe millénaire de repliement sur soi; mais besoin pressant de devises étrangères fortes, d’où ouverture possible.

- En Russie un retour au communisme du passé est plus susceptible de se produire qu’un développement des réformes entamées au tournant de la décennie. Il est impérieux qu’on entende en Russie des voix fermes de l’extérieur appuyant les initiatives des réformistes à l’intérieur. – Grigory Kakovkin, rédacteur en chef, section politique et économique, Literaturnaya Gazeta.

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